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Comment vivre le Jeûne pendant le Carême?

Le mot carême est tiré du latin quadragesima signifiant quarante. Un itinéraire important de 40 jours qui va nous conduire du mercredi des cendres, le 25 février cette année, à la fête de Pâques le dimanche 12 avril . Le chiffre 40 est symbolique, on le retrouve souvent  dans la Bible, il fait référence aux quarante semaines nécessaires pour donner la vie à un enfant, les 40 jours du Déluge, 40 comme le nombre d’années que le peuple hébreu, libéré de l’esclavage d'Egypte par Dieu, passa dans le désert avant d’entrer dans la Terre promise, les 40 jours que Jésus passe dans le désert pour affronter la tentation.

40 jours, c’est ainsi un temps de mûrissement, de transformation, de conversion, de gestation, de partage, un itinéraire, un chemin vers... Un temps offert pour travailler sur soi-même et sur sa manière d’être avec Dieu et les autres. Alors, ou est la place du jeune la dedans ? Est-ce que la  pratique du jeune peut-elle m’aider à avancer dans ce sens de la conversion intérieure, et comment ?

Jeûner c’est se priver momentanément de quelque chose qui nous est nécessaire ou très  agréable pour se donner le temps de retrouver l’essentiel. Dans l’exemple du jeûne alimentaire, l’homme a besoin de nourriture sous peine de mourir de faim. Mais il peut choisir de ne pas se nourrir tout de suite. Avant que le manque de nourriture ne devienne une trop grande gêne, il a le temps de se rappeler que le repas nourrit son corps, comble son ventre, mais qu’il a d’autres besoins à combler. Jésus pendant ses 40 jours de jeûne au désert dit : « Il est écrit que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui vient de la bouche de Dieu. »

Prenons Jésus au mot et imaginons des Paroles qui peuvent nourrir le cœur avant que la nourriture ne remplisse le ventre :

  • Prendre conscience de la chance que j’ai de pouvoir me nourrir quand d’autres dans le monde ont faim et de prendre le temps d’un merci. (C’est le sens de la prière du Bénédicité, prière que l’on dit avant de se mettre à table)
  • Attendre celui avec qui je dois partager le repas et préparer mon cœur à l’accueillir.
  • Penser à celui que la misère privera de repas et préparer une forme de partage.
  • Méditer sur ce qui me manque autant que le pain : quel soin je prends de ceux que j’aime, est-ce qu’ils savent qu’ils comptent pour moi ?
  • Écouter la Parole de Dieu qui peut me nourrir le cœur.
  • Prendre le temps de prier et de confier à Dieu ce dont mon cœur a faim.
  • Découvrir que certains besoins sont moins nécessaires que nous le croyons :
  • Savoir éteindre la télé, la musique, les jeux vidéo, l’ordinateur et prendre le temps de goûter des vrais temps de silence.
  • Limiter momentanément les tâches urgentes, réduire l’excès de temps passé au travail, faire un peu moins de ménage... pour consacrer plus de temps avec ceux que nous aimons, avec nos familles, pour parler, partager, faire des choses ensemble.
  • Réduire le stress des horaires en prenant un peu plus de marge et prendre le temps d’aller un peu plus lentement, de vivre la prochaine obligation comme un rendez-vous.
  • Fumer un peu moins et faire de cette économie un cadeau, comme un bouquet de fleur ou un petit objet pour des enfants...
  • Décider de lire ou de faire une visite, ou d’aller à l’église, pour ne pas vivre chaque instant comme une urgence.

Le jeûne n’a pas pour but de se priver mais de faire un progrès, il est un apprentissage de la liberté. Moins manger de ce que j’aime n’est pas un projet : mais transformer mon plaisir en attente et apprendre à le vivre comme une fête peut être une source de plus grande joie.

Prenons l’exemple souvent caricatural du chocolat. Se priver de chocolat ne sert pas à grand chose. Par contre, imaginons que chaque jour de la semaine, au lieu de savourer quelques carreaux de chocolat, je les mette de côté en l’accompagnant d’une petite prière pour dire à Dieu : j’en ai vraiment envie, mais je ne vais pas le manger tout de suite pour me rappeler que j’ai aussi vraiment envie de toi. Et puis le dimanche, comme le Carême est interdit, je peux manger ce que je veux de ce chocolat mis de côté, mais toujours avec une petite prière : qu’est-ce que j’aime ça, et comme je suis content de te dire merci aujourd’hui, c’est comme si je partageais avec toi ce plaisir. Alors, le chocolat n’est plus une frustration mais une occasion d’attendre quelqu’un qu’on aime et de le lui dire. Et il retrouvera le dimanche une saveur toute particulière, comme s’il avait encore plus de goût, surtout si on le partage avec d’autres.

Nous pouvons revoir tous nos projets d’efforts de Carême en cherchant d’abord ce que nous désirons faire grandir avec l’aide de Dieu. Alors il sera beaucoup plus facile de renoncer à quelque chose pour aller plus loin. Pour avancer on ne regarde pas sans arrêt ses pieds, il est bon de savoir aussi lever les yeux vers l’horizon.