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Les racines culturelles et spirituelles de l’Europe


Alors que les institutions européennes jouent un rôle de plus en plus important dans leur vie quotidienne, les Européens n’ont pas manifesté beaucoup d’enthousiasme lors des élections récentes. Il n’y a pas encore de conscience européenne parce qu’il n’est pas facile de définir l’Europe. Les limites géographiques en sont discutées. On se réfère alors davantage aux valeurs qui doivent être partagées dans une Europe unie.
Au delà de l’économie, les Européens ne sont pas tous d’accord sur les valeurs et racines communes qui fondent l’Europe.Nous avons en mémoire ces débats sur les racines culturelles et religieuses de l’Europe. Plusieurs pays, dont la France, au nom d’une certaine laïcité, avaient refusé que l’on évoque dans la Constitution les racines chrétiennes de l’Europe. Les opposants imaginaient sans doute que les chrétiens voulaient imposer à tous les Européens les normes de la morale judéo-chrétienne. Mais l’histoire nous fait découvrir que multiples sont les éléments qui sont entrés successivement dans le patrimoine européen. Certains sont antérieurs au christianisme, d’autres postérieurs. Tous ces apports se sont ajoutés et ont fusionné en se transformant. Aucun n’est exclusif et ne demande l’élimination des précédents.Bien avant notre ère, l’Europe a un sens géographique, lié à la légende d’Europe, fille d’Agénor, roi de Phénicie, enlevée par Zeus et transportée en Crète. Mais le terme est alors peu utilisé. C’est la Méditerranée qui est le lieu politique, économique et culturel de ce qu’est notre Europe avec ses peuples et cultures multiples : Phéniciens et sémites, Grecs, Romains… Le christianisme, né dans les années 30, fait peu à peu l’unité culturelle et religieuse de ce monde méditerranéen tout en étant le transmetteur des traditions antérieures, la philosophie grecque, le droit romain, l’anthropologie sémite, qu’il a assimilés et fusionnés en un vaste creuset qui intègre en outre les cultures germaniques « Il y a Europe, dit Paul Valéry, là où les influences de Rome sur l’administration, de la Grèce sur la pensée, du christianisme sur la vie intérieure se font sentir toutes les trois »L’Europe prend un sens politique au VIIIe siècle au temps des Carolingiens : l’Europe ou le royaume de Charles dit un chroniqueur pour l’opposer au domaine de l’expansion arabe. La foi chrétienne est devenue le ciment d’une Europe politique et culturelle au cours de la Chrétienté où tout européen se doit d’être chrétien. C’est l’Europe des croisades, des cathédrales, de saint Bernard, de François d’Assise, de saint Louis…
En 1453, la prise de Constantinople par les Turcs ferme l’Europe à l’Est.
En 1492, la « découverte » ou conquête de l’Amérique ouvre cette Europe vers l’ouest.
Au XVIe siècle, une nouvelle culture européenne s’épanouit. Favorisée par l’imprimerie, elle est fondée sur l’humanisme, illustré par Erasme (1569-1536), qui revalorise les sources grecques et latines de l’antiquité classique et de la tradition chrétienne. La chrétienté éclate avec la Réforme protestante de Luther et de Calvin. Au XVIIIe siècle, les Lumières propagent une Europe de l’esprit, de la philosophie et de la science, exaltant l’autonomie de la raison et la liberté de l’homme contre les dogmes imposés d’en haut, tout en conservant les valeurs évangéliques encore présentes dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Le XIXe siècle apparaît comme celui de la science, des nationalismes, et de la sécularisation, c’est-à-dire la volonté de séparer le religieux du politique quand ce n’est pas parfois d’éradiquer la dimension religieuse de la société. Les deux « guerres civiles », européennes et mondiales, 1914-1918 et 1939-1945, témoignent de l’oubli complet de l’héritage humaniste et chrétien comme de celui des Lumières.
Au sortir de la deuxième guerre mondiale, des hommes politiques européens, soucieux de la réconciliation des anciens ennemis et pour faire face au bloc soviétique travaillent à l’unité européenne. La référence aux droits de l’homme fait naître le Conseil de l’Europe (1949).La volonté de coopération économique met en place la communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) pour aboutir à la Communauté économique européenne (CEE), (1957), devenue l’Union européenne. Commencée avec six états, elle s’étend peu à peu à la majorité des états européens pour arriver au nombre de 27 en 2004.Il importe d’assumer et de gérer sans n’en rien exclure tout cet héritage qui s’est enrichi au cours des siècles avec l’intégration de nouvelles populations et cultures. Les éléments les plus anciens y côtoient les plus récents. L’islam et les religions asiatiques ont pris leur place dans le paysage européen. L’héritage chrétien n’est plus le seul, mais vouloir l’ignorer, sous prétexte de laïcité mal comprise, serait appauvrir notre patrimoine européen, nous enlever les moyens de comprendre nos traditions littéraires et artistiques, et priver un grand nombre d’Européens de leurs raisons de vivre.
Père Jean COMBY