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Exposé du Père Jean-Marie Onfray à Relais Lumière Espérance

Exposé du Père Jean-Marie Onfray à Relais Lumière Espérance : clic ici pour écouter

 

 Au commencement, la souffrance 

C’est, en effet, la souffrance qui vous conduit à vous réunir. L’irruption d’une conscience blessée.

La conscience de parents et de proches altérée par la douleur psychique d’un enfant/proche… Voir souffrir et être impuissant est insoutenable…                                                                     La douleur psychique demeure une énigme et la médecine avance en tâtonnant.

Cette douleur est au long cours et ne nécessite pas l’hospitalisation…Mais l’autonomie, tant proclamée, des personnes malades est un enfermement.

Tout enfermement nous dit quelque chose des enfers où le ressuscité est descendu… Comment être proche, interlocuteur attentif et ne pas culpabiliser ?                                                        Que dire, que ne pas dire, que faire, que ne pas faire ? La souffrance est intimement liée à la proximité impuissante… Elle est d’ailleurs de plus en plus la souffrance des aidants-proches qui devant la maladie, le handicap et le vieillissement dépendant et désorienté… s’enferment dans le silence.  Sentiment de faire son devoir en demeurant humblement.Impression première du caractère impartageable de ce qui est vécu si intimement. Mais aussi sentiment d’échec qui rejoint ce que le Christ a pu ressentir à Gethsémani : Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani et leur dit : Asseyez-vous ici, pendant que je vais là-bas pour prier. Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. Il leur dit alors : Mon âme est triste à en mourir. Restez ici et veillez avec moi.  Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. Puis il revient vers ses disciples et les trouve endormis ; il dit à Pierre : Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller seulement une heure avec moi ? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. De nouveau, il s’éloigna et pria, pour la deuxième fois ; il disait : Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! Revenu près des disciples, de nouveau il les trouva endormis, car leurs yeux étaient lourds de sommeil. Les laissant, de nouveau il s’éloigna et pria pour la troisième fois, en répétant les mêmes paroles.  Mt 26, 36-44 

Combien de nuits de Gethsémani avez-vous vécues, seul ou en couple ? Et pourtant, vous avez fait l’expérience de l’importance d’une parole partagée. Pour certains dans le cadre d’associations qui permettent de sortir de l’enfermement solitaire Partager, pouvoir mettre des mots sur un ressenti qui nous brûle et parfois nous détruit… 

Oser prendre la parole en forme de « Je » pour ne plus garder pour soi…Je dis toujours que pour oser s’exprimer, il faut sentir que des oreilles nous écoutent…Pour mettre en mots nos maux, il faut un terrain de confiance absolue, où l’oreille attentive de l’autre devient berceau de mon audace à partager : l’oreille attentive est matricielle. L’autre me permet d’advenir à une parole libérée… L’autre par sa disponibilité et son attention réveille ma quête spirituelle… J’aime cette rencontre de Jésus avec une cananéenne dans un coin du Liban actuel : 

Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! Jésus répondit : Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : Seigneur, viens à mon secours ! Il répondit : Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. Elle reprit : Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Jésus répondit : Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.    Mt 15, 22-27

 

Sauvegarder la qualité d’un partage

L’expérience vécue vous a fait toucher du doigt la force du partage…Il n’est pas bon que l’homme soit seul surtout lorsqu’il est blessé. Prendre la parole permet d’habiter l’inacceptable. Mettre l’épreuve en mots incertains nous permet de l’habiter sans prétendre la transformer. Vous permettez dans le cadre d’une vie d’équipe à valoriser les prises de parole. Trop souvent les souffrants se taisent ayant l’impression de déranger ou de se répéter. Trop souvent la souffrance se mure dans le silence et l’acceptation résignée. La vie d’équipe permet de réguler la parole et de veiller à ce que chacun puisse la prendre.  L’équipe donne la parole en offrant un cadre. L’équipe accueille ces paroles sans jugement et sans conseils. J’ai, parfois d’ailleurs, vu la nécessité de rappeler à certaines personnes que les conseils ne sont pas si utiles que cela ! L’équipe valorise la parole et les silences. Car il faut accepter que certains soient muets, ou ne trouvent pas les mots. En ce sens, la mission du responsable de groupe est précieuse. Sans manager le groupe, il permet à chacun de trouver sa juste place, le jour du partage… Mais l’équipe, c’est aussi des liens discrets qui unissent ceux qui ont partagé les mêmes souffrances… Chacun peut accueillir l’autre sans revenir sur les souffrances entendues  Maintenez la dimension de relais de votre vie d’équipe, dans tous les sens du mot relais. Les femmes qui venaient de grand matin au tombeau se demandaient qui pourrait rouler la pierre qui fermait le tombeau du Christ... Votre vie en équipe vous a permis de rouler la pierre qui vous tenez prisonnier du tombeau de la souffrance.                                  

Permettre une attitude spirituelle

Mais l’équipe n’est pas seulement un lieu de partage de vos souffrances… Vous y venez aussi pour que jaillisse une lumière dans votre vie blessée. Lorsque la pierre est roulée la lumière arrive de l’extérieur. C’est toujours de l’extérieur que jaillit la lumière : l’altérité fait vivre. Notre foi chrétienne se reçoit d’une Parole que nous accueillons. Elle peut devenir lumière quand elle résonne et éclaire nos chemins. Nous n’avons pas de réponses à toutes nos questions, pas plus que Job. Mais nous nous reconnaissons interlocuteur de Dieu. Par sa Parole il vient à notre rencontre, il frappe à notre porte et nous demande l’hospitalité. Être chrétien, c’est laisser à Dieu une place dans notre vie. En particulier lorsque cette vie est traversée par l’épreuve et la souffrance. Méfions-nous de ce qui pourrait paraître une réponse, fut-elle douloureuse à entendre. Nous le savons bien, dans l’Evangile, Dieu en Jésus Christ ne vient pas expliquer la souffrance, il vient l’habiter, et sa présence est source de vie :

Jésus leur répondit : Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.   Luc13, 2-5

Notre chemin de foi se purifie au fur et à mesure que nous laissons la Parole agir en nous. C’est par l’oreille que nous devenons croyants : « Ecoutez et vous vivrez » dit le prophète Isaïe… Cette Parole accueillie, c’est le Christ qui nous invite à la prière, pour éclairer notre chemin. La prière jaillit de nos cœurs en quête d’espérance. Péguy, avec raison, parlait de la « petite espérance ». L'Espérance ne gomme pas la souffrance. Elle la traverse, la transforme, la christifie …et nous permet de comprendre cette fête de la Croix et donne sens à l’offrande de nos eucharisties.                 Le Christ fait de nos vies, y compris traversées par la souffrance des chemins d’éternité.  Vous connaissez comme moi ce passage de saint Jean :

En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples l’interrogèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ni lui, ni ses parents n’ont péché. Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui. Il nous faut travailler aux œuvres de Celui qui m’a envoyé, tant qu’il fait jour ; la nuit vient où personne ne pourra plus y travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.  Jn 9, 2-5           

Dans une dynamique ecclésiale

Votre vie en équipe est un chemin de lumière pour chacun d’entre vous. Vous découvrez – en particulier vous responsables de groupe – l’enjeu d’une dynamique de mouvement. Le mouvement vous inscrit dans une histoire et dans une solidarité. Il vous aide à dépasser parfois le côté confortable de la vie entre soi. Il vous propose des outils de réflexion au nom des expériences de vie partagées.                            

                                                                                              Père Jean-Marie ONFRAY

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