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Edito de Janvier 2014

                                     En ce début d'année, nous accueillons des vœux, nous en formulons et cela nous engage. Comment souhaiter la paix, sans être artisan de paix ? Comment souhaiter la santé sans prendre soin les uns des autres…

Aujourd'hui, je désire souhaiter à nos communautés paroissiales l'audace de la fidélité.

Fidélité à nous-mêmes d'abord, loin de toutes compromissions. Que chacun de nous, de passage en passage, puisse renaître à lui-même dans la confiance et l'espérance.

Fidélité au Seigneur. Nous l'oublions tellement souvent, nous l'implorons quand tout va mal, ou nous nions sa présence dans les moments les plus durs. Aidons nous les uns les autres à toujours retrouver sa fidélité, lui qui n'est que don, jusqu'à nous donner son Fils.

 

Fidélité aux autres. Aucun de nous n’est indispensable, mais chacun est irremplaçable. Personne ne peut agir à notre place dans le service que nous pouvons donner aux autres. Que ce soit dans nos groupes familiaux, avec nos proches, dans nos engagements sociaux ou autres, nous avons, avec nos personnalités diverses, à faire grandir la « Vie ».

Fidélité enfin à l'Évangile. Tout ce qui est écrit avant se trouve dans l'évangile, mais en le méditant, en le retrouvant toujours comme une Bonne Nouvelle, nous pourrons alors mieux l'annoncer ensemble et en vivre vraiment. 

« Même si une maman oubliait son enfant,

moi, je ne t'oublierai jamais » (Isaïe 40/15)

Seigneur, ton Fils Jésus vient nous dire ta tendresse.

En lui se réalisent tes multiples promesses.

Par lui tu viens en nous jusqu'à la fin des temps.

Que ton Esprit nous donne de prendre force en toi.

Que tout ce qui disperse s'éloigne de nos cœurs.

Qu'à l'image de Marie, nos « oui » restent des « oui ».

Qu'en cette année nouvelle nous puissions librement

répondre à tes appels pour te rester fidèle,

en renaissant toujours au service de nos frères.

Pierre Willermoz

Nous remercions le Père Jean Peycelon d'avoir bien voulu partager, à notre demande, sa réflexion sur la période difficile, pleine d'incertitude, voire de désespérance, que nous traversons.

Et cependant...

 

 

Veilleur où en est la nuit ?

Le prophète Isaïe qui lance cet appel fut, à son époque, comme tout prophète, un guetteur d’aurore dans une Palestine sans cesse en guerre (Es 21,11). Aujourd'hui comme autrefois il arrive que la nuit paraisse interminable. C'est le cas pour nombre de malades et pour les personnes isolées. C’est aussi la nuit de la violence brutale, en Centrafrique, en Syrie et en bien des pays qu’oublient les médias. Et il est encore d'autres nuits. La nuit qui tombe quand meurt un proche et aussi celle des ruptures affectives et de la précarité. La nuit que traversent celles et ceux qui ont perdu confiance en eux-mêmes, qui ne se sentent utiles à personne, qui s'interrogent sur le sens de leur vie vécue comme une succession d’échecs.

Au cœur des nuits hivernales, la période des fêtes de fin d'année offre un étonnant contraste. Somptueuse fête des Lumières, clinquant des boutiques à cadeaux, paillettes et guirlandes. Ça brille mais ça ne dure pas et pour les exclus de la fête, la nuit n'en est que plus noire. Je suis frappé chaque année du nombre de personnes qui me disent qu'elles n’aiment pas ces fêtes. Pourtant chacun jouera le jeu en essayant de faire bonne figure en famille ou avec des amis.

Veilleur où en est la nuit ?

Nous vivons dans une société qui connaît un grave déficit de confiance. L'autre, le différent, l'étranger font peur. Alors chacun se recroqueville sur lui-même en s'entourant d'assurances et de dispositifs de sécurité. Et l'obscurité n'en est que plus épaisse.

Mais quelque chose semble en train de bouger dans l'Eglise catholique. Comme une trace de lumière à l'horizon, comme la promesse d'une aurore. Je pense à ce qu'évoquent pour beaucoup, même pour des athées et des chrétiens détachés de l'Eglise, les gestes et les paroles du pape François. Un style nouveau propre à fissurer les remparts d'une Eglise qui se considère encore trop souvent comme une forteresse assiégée. Le pape François annonce que l'Évangile est joie, joie d'une rencontre et d'une libération. Et cette joie naît de la certitude d'être infiniment aimé. On le sait bien, s'entendre dire  « je t'aime » transforme une vie. Et si la fête de Noël n’avait d'autre sens que d'être la déclaration d'amour de Dieu à chaque être humain et, en tout premier lieu, à celles et ceux qui tournent en rond dans la nuit, à tous les pauvres, quelle que soit leur forme de pauvreté.

Veilleur où en est la nuit ?

            Le cri relayé par le prophète s'adresse maintenant à nous, les chrétiens. Il appartient à chacun de ceux qui se reconnaissent comme disciples de Jésus, d'être guetteurs d'aurore. Malgré les peurs et les découragements il ne faut pas renoncer à scruter les signes des temps. Il y en a qui sont porteurs de lumière. L'hommage planétaire rendu à Nelson Mandela peut être relu comme un tel signe. Et il y en a d'autres, plus discrets. Ainsi cette lumière qui brille dans les yeux des parents contemplant leur bébé nouveau-né. Et c’est à chacun de nous de devenir aujourd’hui et demain, signe de cette joie qui irradie à partir de Bethléem. Pour cela il faut vivre « ce dynamisme de ‘la sortie’ que Dieu veut provoquer chez les croyants » et auquel nous invite le pape François dans sa récente Exhortation La joie de l’Evangile. De même que Dieu est « sorti » à notre rencontre, « nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Evangile. »[1] Ne serait-ce pas une belle orientation à saisir pour faire de 2014 une bonne année en faisant se lever une aurore d’espérance ?



[1] La lecture de cette Exhortation apostolique est à conseiller à tous sans modération !