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Edito de Mai 2018

Une pastorale des sms

Comment vivions-nous avant que le téléphone mobile n'existe ? Il est devenu le compagnon de vie de la plupart d'entre nous, quel que soit notre âge. Chez les nouvelles générations, il se présente quasiment comme un prolongement naturel de la main ! Grâce à lui, nous nous sentons reliés (ou, au moins, « reliables ») en permanence à ceux que nous aimons, et s'il nous arrive d'être privés de son usage, nous pouvons nous croire complètement séparés du monde et de la vie ! Il est vrai que, de plus en plus souvent relié à Internet, il offre des services multiples : téléphonie, messagerie électronique, accès aux moteurs de recherche, photographie, musique, jeux... Nous sommes perdus sur une route de campagne ou dans un quartier de ville: il nous permet de retrouver notre chemin ! Nous ne connaissons pas les horaires d'ouverture de telle administration ou de tel commerce : il nous informe ! Nous nous inquiétons du temps qu'il fera demain : il nous donne les prévisions ! Nous cherchons un restaurant ou un spectacle : il nous renseigne et nous permet même de réserver! Nous avons un train à prendre : il nous indique les horaires, et il s'offre de nous délivrer le billet ! Et, cerise sur le gâteau, il facilite la prière grâce à l'envoi quotidien, dans la boite aux lettres électroniques, de l'Office des lectures (autrement dit : le bréviaire) par l'AELF (Association épiscopale liturgique pour les pays francophones).

Pour moi qui suis souvent en déplacement, en France et parfois à l'étranger, cet objet est devenu extrêmement précieux, un véritable outil de travail... et donc de pastorale. Ces derniers jours, ainsi, j'ai voulu « revisiter » les sms (short message service) ou « minimessages » reçus récemment et supprimer ceux d'entre eux qui n'avaient plus d'utilité. J'ai alors pris conscience avec bonheur que, grâce à cette technologie et cette nouvelle habitude de communication, je pouvais chaque jour être au contact de réalités humaines multiples et répondre rapidement à diverses attentes. Quelques exemples (j'ai modifié les prénoms par respect de l'anonymat de mes correspondants) :

 Mercredi : Bertrand, avec qui j'ai été scout (!) m'annonce le décès et les funérailles prochaines de son père. J'irai. Mercredi : Un professeur de français d'un lycée public de la métropole lyonnaise me prie de le rappeler car il veut m'inviter à rencontrer ses élèves à propos d'une injustice qui frappe une famille dont un des adolescents a été tué. Je le rappelle et nous convenons d'un rendez-vous. Mardi : Xavier, 72 ans, ancien critique d'art, divorcé, m'apprend qu'il est hospitalisé à la suite d'un AVC. Le voilà obligé de penser à la possibilité de sa mort alors qu'il se croyait encore promis à vivre de longues belles années ! Je l'appelle et nous échangeons durant une demi-heure. Mardi : Nathalie et Christophe, qui se marient bientôt, me demandent quand je suis libre pour les recevoir. Je leur fais par retour des propositions de dates, et nous nous mettons d'accord sur une. Lundi : Marie-Christine, de l'équipe d'aumônerie de l'Infirmerie Protestante, me fait part de la demande de confession individuelle d'une patiente probablement en fin de vie. J'y vais. Lundi : Julie, 30 ans, dépressive, habitant la région parisienne, a eu mon numéro de téléphone par un ami, et elle m'écrit : « J'aimerai avoir votre réponse concernant quel sens a la vie ». Je m'efforce de lui donner quelques éléments de réponse en moins de 300 mots. Elle est heureuse de mon « retour » Samedi : Une société de pompes funèbres cherche un prêtre pour une messe de funérailles prévue dans une autre paroisse, un jour où le curé du lieu est absent. Je ne suis pas libre pour le moment demandé et m'en excuse.

Vraiment, le « métier » a changé depuis l'époque du Saint Curé d'Ars !

Christian Delorme