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Edito de Mai 2019

Redonner du souffle chrétien à l'Europe

Les 25 et 26 mai prochain se dérouleront, dans toute la France, les élections européennes qui enverront au Parlement européen (Strasbourg et Bruxelles) 79 représentants de notre nation aux côtés de 672 autres députés venant de 27 autres pays. Force est de constater que ce scrutin ne semble guère passionner la majorité de nos concitoyens, chrétiens compris, et qu'on en parle dans l'ensemble très peu par rapport à d'autres sujets, certes d'importance (jacquerie des « gilets jaunes », incendie de Notre Dame de Paris...). Ce qui fait craindre que l'abstention (en France comme dans beaucoup d'autres pays) soit massive, que l'assemblée élue s'avère, de ce fait, guère représentative de la totalité de nos populations, et que les partis extrémistes (paradoxalement souvent très anti-institutions européennes, en particulier les partis populistes nationalistes) deviennent hyper-présents dans le nouvel hémicycle et paralysent pour les cinq années à venir le fonctionnement de l'Union Européenne.

 

Les plus anciens parmi nous ont en mémoire les deux Guerres mondiales –d'abord des guerres intra-européennes– qui se sont succédé entre 1914 et 1945, et ils sont en mesure de goûter la magnifique paix qui s'est installée sur la majorité de notre continent depuis plus de 70 ans grâce à la création et au développement de cette Union. Les jeunes générations, évidemment, ne peuvent avoir cette mémoire vive, et beaucoup de nos compatriotes sont surtout attentifs aux défauts de cette Union, en particulier son fonctionnement trop souvent technocratique qui semble faire peu cas de la complexité des réalités humaines et des spécificités régionales. Seule une minorité de gens, de plus (dans les 28 pays concernés, d'ailleurs), est consciente de tout ce que cette Union Européenne permet de positif (par exemple, la rénovation et la re-dynamisation de la plupart des centres des grandes villes européennes n'auraient jamais pu se faire sans les financements européens, résultat d'une mutualisation et d'un partage des moyens disponibles). Dire aujourd'hui que l'Europe est en danger de nouvelles divisions, de nouvelles cassures et que l'Union Européenne peut devenir un champ de bataille, n'est donc pas une analyse farfelue.

 

Le Saint-Siège et la majorité des Églises européennes sont bien conscients du danger et sont infiniment attachés à cette construction européenne. À plusieurs reprises, dans des discours importants, le pape François a dit et redit combien était importante pour lui une Europe solidaire, fondée sur le respect de la personne et le sens de la communauté. Cette Europe aux racines plurielles, mais qui forme depuis plus de quinze siècles un « tandem » inséparable avec le christianisme occidental qui l'a grandement façonnée depuis les conversions successives à notre foi de l'Empire Romain puis des royaumes barbares germaniques et nordiques. Une Europe dont les pères fondateurs (Konrad Adenauer, Alcide de Gaspari, Jean Monnet, Robert Schuman, Paul-Henri Spaak) étaient majoritairement des chrétiens convaincus, et dont certains font même actuellement l'objet de procès en canonisation devant la Congrégation romaine pour les saints.

 

Nous-mêmes, que faisons-nous pour soutenir cette Europe aux racines chrétiennes indéniables et lui redonner « du souffle » ? Comment contribuons-nous à son fonctionnement ? De quelle manière racontons-nous cette histoire positive à nos enfants et petits-enfants et les encourageons-nous à être de vrais constructeurs de l'Europe de la paix ? Prions-nous pour elle ?

Christian Delorme